Stop motion: Une technique éprouvée qui sait évoluer

La représentation du mouvement est une préoccupation qui traverse l’histoire de l’art depuis la préhistoire. En effet, de la peinture à la photographie puis l’image aminée, l’expression du mouvement a été une notion fondatrice des arts majeurs et une quête dans la retranscription du réel. Celui-ci, suggéré dans le fixe, va prendre de l’importance grâce à l’impressionnisme et aux questions que les artistes vont se poser sur l’invisible. Cette démarche contribuera à l’apparition des jouets optiques et du ‘pré-cinéma’ grâce aux dessins et aux photographies durant le 19ème siècle.  L’évolution des techniques d’animation a permis d’utiliser des nouvelles façons de transmettre des messages, des émotions…  Or, une technique très appréciée des réalisateurs reste la même depuis sa création : le stop motion. Le stop motion ou l’animation en volume  est une technique d’animation permettant de créer un mouvement à partir d’objets immobiles, en déplaçant légèrement le sujet entre chaque photo. Le mouvement se crée lorsque l’on fait défiler les images très rapidement grâce à un défaut de l’œil : la persistance rétinienne. Des premiers stop motion à ceux d’aujourd’hui, on observe toujours un ressenti particulier envers ces animations en volume. Pourquoi?

Comment l’évolution du stop motion lui a permis de subsister à travers le temps? 

Du domaine scientifIque à celui d’ARTISTIQUE 

C’est lors d’un débat scientifique en 1878 que le photographe Eadweard Muybridge produit les premiers clichés photographiques suggérant le mouvement. À l’époque, les scientifiques assuraient que le cheval avait ses 4 jambes en l’air lorsqu’il était au galop. Muybridge a utilisé une installation de plusieurs appareils photos et a animé la succession d’images pour réfuter cette hypothèse. Bien que cette méthode fût à but scientifique, nous pouvons la considérer comme le tout premier stop motion de l’ Histoire. À la même époque, le médecin Étienne-Jules Marey s’inspira de Muybridge pour inventer en 1882 le chronophotographe ainsi que le fusil photographique qui lui permettait de décomposer le mouvement du corps humain à l’aide d’une multitude de photos. L’invention du Cinématographe des Frères Lumières en 1895 et les recherches de Georges Méliès en matières de trucages ont permis au cinéma de naître en projetant 24 images par seconde.

Officiellement, c’est en 1906 que le premier stop motion a vu le jour avec «Humorous Phases of Funny Faces» de James Stuart Blackton sur support argentique. Deux ans plus tard, Emile Cohl considéré comme l’un des pionniers du dessin animé réalisera ‘Les Allumettes animées’. Le stop-motion était pratiqué dans les courts métrages à cause des difficultés dans la réalisation, dues aux contraintes de temps et de la complexité d’exécution. Les premiers films se sont rapidement tournés vers le surnaturel et le fantastique, en partie grâce à l’Expressionnisme Allemand qui fait naître les premiers monstres du cinéma avec Nosferatu, Metropolis … Ceci reflet la vision pessimiste que les expressionnistes ont de leur époque, hantée par les menaces de la Première Guerre mondiale. Par la suite, les Studios Universal Pictures vont immortaliser Dracula, Frankenstein, The Mummy et The Wolf Man, le public appréciant les monstres et histoires fantastiques. En 1933, le cinéaste Willis O’Brien a utilisé cette technique pour réaliser certains des effets spéciaux de King Kong. En 1938, le Stop Motion franchit un nouveau pas. Le réalisateur Jean Painlevé et le sculpteur René Bertrand s’associent pour créer un court-métrage réalisé entièrement en pâte à modeler ‘Barbe bleue’. Cette technique a inspiré plus tard le créateur de Wallace&Gromit, Nick Park du studio Aardman Animations… Au fil du temps et grâce aux évolutions technico-créatives, ce qui à la base servait d’effets spéciaux afin de créer des actions surréelles dans les longs métrages,  s’est transformé en une technique à part entière. Le stop-motion a su démontrer son potentiel créatif grâce à la rencontre de la photo et de la vidéo. En suivant les mouvements artistiques au début 20ème siècle, ses piliers se sont fondés sur la magie, l’imaginaire et le surréalisme.  De plus, cet effet d’imperfection qui vient casser la vision normale devient un élément esthétique phare qui n’a jamais déplu. Plusieurs artistes exploitent ce procédé dans leurs œuvres et expérimentations afin de donner du mouvement et du dynamisme. L’artiste Paul Johnson spécialisé dans le land art, intègre la technique d’animation en volume, qu’il apprécie, dans ses œuvres «Landthropologic, Earthworks In Motion», pour donner plus de modernité et s’inscrire dans l’ère numérique.

« Landthropologic, Earthworks In Motion » de Paul Johnson

Face aux nouvelles techniques émergentes

De nos jours, et parce qu’elle est très contraignante cette technique a tendance à être remplacée par l’animation 3D et plus récemment la technique de « capture optique de mouvement »  grâce aux marqueurs passifs. L’arrivée et l’essor des programmes informatiques d’animation et d’images de synthèse ont relégué le stop motion à l’arrière-plan, notamment à cause de cette tendance à vouloir représenter le réel. De nombreux effets spéciaux sont réalisés à partir de la 3D, cependant, certains réalisateurs lui reprochent sa froideur d’expression tandis que d’autres décident de mélanger les deux techniques, comme dans le film Les Noces funèbres de Tim Burton, où certains effets trop complexes ont été faits en 3D. Des réalisateurs habitués à l’animation traditionnelle image par image, décident de réaliser leurs films en 3D en essayant de garder l’aspect et l’animation d’un film animé image par image, comme dans le film Souris City du Studio Aardman, l’élément important dans le film étant l’eau, particulièrement difficile à animer en stop motion. Et enfin, la technologie des imprimantes 3D permet de créer en gagnant un temps considérable. Shugo Tokumaru réalisa « Katachi » signifiant « forme », un clip sorti en 2012, et expérimente le stop motion en utilisant 2000 silhouettes de plaques de PVC et les mêlent aux rythmes musicaux. Ce travail de longue haleine traduit tous les souvenirs convulsifs du chanteur, et permet d’insuffler la vie à chaque nouvelle silhouette. Dés lors, la technique du stop-motion ne change pas, les nouvelles technologies actuelles permettent tout simplement de simplifier ce processus de création. Aujourd’hui, il trouve naturellement sa place dans le paysage cinématographique, aux côtés de l’animation traditionnelle et des images de synthèse.

« Katachi » de Shugo Tokumaru

une certaine Démocratisation

La commercialisation des PC et le développement des technologies numériques ont offert la facilité de produire des projets d’animations personnels. Grâce aux techniques de la photographie numérique, l’animation en volume est à la portée de l’amateur. Des expositions tentent de le démontrer comme celle du centre Pompidou qui a eu lieu du 7 Décembre 2013 au 3 Février 2014 qui s’intitule «Stop Motion, les ateliers ados»: ateliers gratuits réservés aux ados au Studio 13/16. Les ateliers appelaient à la création des personnages et leur mise en action. Nous pouvons dire que le stop motion s’est démocratisé.
Parler du stop-motion n’est plus parler d’une technique mais plutôt d’un style ou d’une tendance qui a ses propres spécificités. La production des vidéos stop-motion se multiplie et devient un style en vogue. C’est un mécanisme que s’accaparent les directeurs artistiques pour l’utiliser aujourd’hui dans leur publicité, ainsi que les artistes indépendants pour des usages divers (clip vidéo, court métrage…). Cette tendance est favorite pour son aspect frai et sympathique ainsi que sa possibilité de surprendre le spectateur d’après les potentialités de la création. La marque Chanel, nous prouve son éternelle capacité à se renouveler grâce à un spot publicitaire tourné entièrement en stop motion. Pas de mannequins et d’actrices, la publicité se veut moderne et jeune. Elle met en scène des robots, des araignées…, tous constitués de cosmétiques. Ce spot, sous fond sonore électro, séduira la nouvelle génération de consommatrice, et s’inscrit dans une volonté d’outrepasser les clichés d’une bourgeoisie étriquée tout en conservant classe et raffinement. Au fil du temps, le Stop Motion a si bien préservé ‘ sa cote de popularité’, que les publicitaires s’en emparent à des fins commerciales. De nombreuses grandes marques utilisent cette technique pour mettre en avant leurs produits ou leurs valeurs que ce soit dans le domaine de la restauration, de la mode ou de l’automobile. Le stop motion est tellement riche de divers caractères qu’on pourrait les résumer en un aspect commun qui est celui de la poésie. Ce franchissement avec l’aspect artisanal, irrégulier, minimaliste et décontracté crée un style particulier brisant les modalités perfectionnistes et normatives. D’ailleurs le stop-motion se caractérise par plusieurs descriptifs allant de la perfection à l’imperfection, de la simplicité à l’hyperbole, du fantasme au rêve et même aux cauchemars.

« Publicité » Chanel Makeup Studio

CONCLUSION

Le stop-motion est une technique plus vieille que le cinéma, mais qui s’est hissée jusqu’à la pointe des effets spéciaux actuels, tout en restant abordable par tous. C’est une technique qui évolue sans cesse. De plus en plus utilisée dans les nouvelles séquences vidéos diffusées sur le web, dans les courts métrages, les spots télé et les clips musicaux, cette technique se distingue par son originalité et sa richesse du graphisme, de ses éléments composites multiples et variés. C’est un monde illusoire et magique qui surprend et attire le spectateur. Il est l’art de manipuler les interstices invisibles entre les images. Grâce aux nouvelles technologies, le stop-motion a encore un bel avenir devant lui et sera toujours capable de s’adapter à l’imaginaire des créateurs les plus fous. Il a, sans doute, ouvert de nouveaux horizons et reste encore un domaine d’innovation et une source d’originalité infinie.


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Émilie Lomonaco